De La Paz a Tupiza
by Cathy & Jérôme on oct.10, 2009, under 02.BOLIVIE, CARNET DE ROUTE
Il est grand temps de donner de nos nouvelles… mais il faut savoir que internet en Bolivie, c’est assez aléatoire ! Alors que s’est-il passé depuis le Pérou ? Nous sommes finalement bien arrivés à la Paz malgré le barrage routier. Arrivée dans la capitale la plus haute du monde un peu triste car sous la grisaille.
Nous nous installons dans notre auberge de jeunesse, une première pour nous, mais dans une chambre, pas dans le dortoir (on a passé l’âge !). L’auberge est déserte, les vacanciers de septembre sont bel et bien partis, les étudiants ont repris le chemin des cours. D’ailleurs, la plupart des personnes que nous rencontrons maintenant (beaucoup de français) font des longs voyages comme nous. Autant en France, notre projet est quelque peu original, ici on a l’impression que faire un tour du monde est très banal !
A première vue, pas trop de changements par rapport au Pérou : même circulation débridée (on cherche toujours le mode d’emploi pour traverser la route), même pollution extrême, les mêmes fichus colorés sur le dos des femmes pour trimbaler diverses choses ou bébés, les mêmes bandes d’écoliers en uniformes, etc. Nos 2 journées de visite de la Paz ne seront pas très intenses, après le calme de la Vallée Sacrée et du lac Titicaca, l’agitation de la ville ne nous attire pas forcément beaucoup. Quoiqu’il en soit, la Paz a quelque chose de fascinant, entourée de ses pics enneigés (peu visibles à cause du ciel chargé). Contrairement aux autres grandes villes du monde, la particularité est que les pauvres vivent en haut (El Alto, jusqu’à 4000 m), et les riches en bas (« que » 3200 m) car les conditions climatiques y sont meilleures. Nous apprécierons d’arpenter les petites rues colorées du vieux quartier colonial. C’est ici que nous visiterons quatre petits musées assez intéressants : le musée des costumes (folklore, scènes de vie…), le musée de l’or (où nous verrons notamment de très belles pièces d’ornement des costumes incas, et une reconstitution d’une tombe avec momie…), le musée du Littoral (la Bolivie ayant perdu ses côtes pendant la Guerre du Pacifique avec le Chili en 1879), et enfin la Casa Murillo dans une très belle demeure coloniale (Pedro Domingo Murillo est un héros national qui a été en chef de file contre l’occupation espagnole). Beaucoup de petits marchés à la Paz, très colorés et animés, que nous arpentons avec curiosité (et parfois un peu de dégoût, on doit dire). Les femmes vendent les fruits et les légumes (souvent inconnus pour nous), parfois à même le sol, la viande et le poisson sont exposés à l’air libre (âmes sensibles, s’abstenir !). Nous nous rendrons également le 30 septembre dans le quartier de Sopocachi, un des nouveaux quartiers chics de la Paz, afin d’y manger une raclette dans un resto tenu par un suisse (le fromage est produit en Bolivie par des suisses et français expatriés en Bolivie). Un luxe ici, mais un régal pour nous, et de toute façon il s’agissait d’une occasion spéciale puisque nous fêtions nos 3 ans de mariage !
Depuis la Paz, il y a beaucoup d’excursions à faire. Jérôme ayant estimé qu’il n’était pas raisonnable de monter les 6000m du Huayna Potosi (on nous confirmera par la suite que l’ascension est très difficile, avec crevasses, etc., plutôt réservé aux vrais alpinistes), nous nous contenterons de nous rendre à Chacaltaya, l’ancienne station la plus haute du monde, située à 5300 m (nouveau record d’altitude pour Cathy). « Station », c’est d’ailleurs un peu exagéré, car il n’y a qu’une seule piste, et rien d’autre qu’un refuge comme hébergement ! Ancienne, parce que contrairement à ce que nous dit notre guide, il semble que la station ne soit plus en service, le réchauffement climatique faisant disparaître la neige progressivement. Lors de la montée sur la piste caillouteuse, notre chauffeur roulant un peu trop vite malgré les ravins, cassera la boîte de vitesse de notre minibus qui, qui plus est n’était absolument pas adapté au terrain (soulagés, il roulera alors beaucoup moins vite au retour, en espérant tout de même que les freins ne sont pas endommagés…). Arrivés à la station, nous marchons un peu pour atteindre le sommet où nous pouvons admirer une partie de la magnifique Cordillère Royale et sa neige éternelle, malheureusement quelque peu cachée de nouveau par des nuages. Le panorama est tout de même très beau, et nous pouvons même apercevoir le lac Titicaca et une partie de l’Altiplano.
Après Chacaltaya, nous nous rendons à 12 km en contrebas de la Paz, là où vit la classe aisée, pour visiter la Vallée de la Lune, un petit canyon de pitons érodés par les eaux. Bon, ce n’est quand même pas le Colorado, et ça fait un peu parc d’attractions avec la promenade aménagée, mais c’est sympa quand même !
Le lendemain, nous repartons en direction des ruines de Tiwanaku, la civilisation qui a précédé les Incas. Le site est situé à 40 km du Lac Titicaca, et nous pouvons en chemin admirer de nouveau la Cordillère Royale. C’est ici que se trouve désormais la célèbre statue avec ses bras repliés sur le torse, qui évoque l’art polynésien (dommage qu’elle soit désormais à l’intérieur du musée et non plus à l’extérieur). Nous visiterons ensuite les ruines comme le temple de Kalasasaya et ses murs parfaits avec à sa célèbre Porte du Soleil, le temple semi-souterrain et des statues. Le site est très beau, et le sera sans doute encore plus lorsque les fouilles seront terminées (beaucoup de ruines sont toujours enfouies sous terre).
De retour à la Paz, nous prenons un bus de nuit, direction Sucre, la capitale administrative de la Bolivie. Etant donné la réputation des bus boliviens et de leurs chauffeurs (on devrait peut-être dire chauffards), nous sommes très agréablement surpris par le confort du bus. On nous avait fortement recommandé de s’équiper car les températures dans les bus de nuit étaient très fraiches, et Cathy, soucieuse de tout expérimenter, fut presque déçue d’avoir trop chaud dans ses vêtements techniques et son duvet. Mais pas de souci l’aventure fut bien présente, quand en pleine nuit, notre bus a été arrêté de force par un 4×4, malgré la résistance de notre chauffeur qui a essayé de contourner le véhicule qui nous barrait la route. Deux militaires sont alors sortis du 4×4 et sont rentrés dans notre bus, immobilisé en plein milieu de la route… C’est alors que Jéjé a réveillé Cathy, afin de cacher dans son sac de couchage toutes les choses de valeur : passeports, argent, ordinateur et appareil photo. Nous avons en effet eu vent de toutes sortes d’histoires de faux policiers qui détroussent les touristes, de bus qui se font braquer en pleine nuit, etc.., et nous nous sommes dits que « notre heure était venue ». Le stress est monté de nouveau quand nous avons réalisé que nous étions les seuls non-Boliviens à bord, et que nous étions des proies faciles pour ce que nous pensions être des faux-militaires, car on se demandait franchement ce que des militaires avaient à voir avec un bus de nuit. Afin de faire plus local, Cathy a alors suggéré que nous mettions nos bonnets péruviens ! Nous avons alors entendu des bruits en provenance de l’étage inférieur, la soute à bagages qui s’ouvre, vu un militaire qui passait avec sa torche, et nous nous sommes donc faits aussi discrets que possible, en attendant que ça passe. Finalement, les militaires sont repartis avec leur 4×4, et notre bus est resté immobilisé tous phares éteints en plein milieu de la route, sans aucun bruit venant de l’étage inférieur… Mince alors, ils ont tué notre chauffeur ou quoi ??? Finalement après 10 mn, le moteur redémarre et nous repartons comme si de rien n’était… On ne saura jamais ce qu’il s’est réellement passé, quoi qu’il en soit on aura eu notre petite séance frisson !
Arrivés au petit matin à Sucre, nous sommes ravis de notre hôtel, tout propre, tenu par un couple franco-suisse très sympa. Nous passerons 3 jours très tranquilles dans cette très jolie petite ville coloniale toute blanche, qui est tout de même la capitale constitutionnelle de la Bolivie, un petit bijou d’art baroque, au cœur d’une jolie vallée. Nous visiterons le musée des arts indigènes qui porte sur l’histoire et les techniques de l’art textile des villages de la région de Sucre, dont les différentes ethnies se sont fait une spécialité, chacune dans son style. Très intéressant, surtout que ce musée participe à un programme de conservation du savoir-faire des Indiens.
Le dimanche, nous nous rendons au marché de Tarabuco, un marché connu dans toute l’Amérique du Sud, un marché très coloré où se rendent les Indiens Yamparas et Tarabuco. Nous sommes un peu déçus par le contenu du marché en lui-même car aux tissus, fruits et légumes, se mélangent des produits de la vie courante (produits d’hygiène, objets électroniques, etc.), qui enlèvent un peu d’authenticité. En revanche, nous pouvons à loisir admirer les magnifiques tenues arborées par les Indiens, avec une grande variété dans les habits, chapeaux, selon l’origine et le statut (marié/célibataires). Dommage que la population n’aime pas être prise en photo, nous ratons donc des occasions de beaux portraits.
Lundi matin, nous repartons de Sucre, destination Potosi, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco. C’est la ville de plus de 100.000 habitants la plus haute du monde (4090 m). Outre ses bâtiments d’art baroque très beaux, mais hélas mal mis en valeur et entretenus, ce qui donne à la ville un air un peu triste et décadent, Potosi est surtout connue pour ses mines d’argent et autres métaux (zinc, étain…). Lundi soir, dîner sympa avec 3 hollandais et 2 australiens rencontrés à Sucre (hormis une des hollandaises, que nous ne cessons de voir depuis la première semaine au Pérou).
Certes nous apprécierons la visite de la ville, mais nous serons bien plus marqués par la visite d’une des mines que nous effectuerons mardi matin, en compagnie de notre guide, un ancien mineur. Nous sommes avec Lionel (rencontré d’abord à Puno, puis revu à Sucre) et Nicolas (un ami venu le rejoindre un mois, qui au lieu d’atterrir à La Paz en Bolivie, aura atterri à La Paz au Mexique, véridique !). La région de Potosi compte aujourd’hui environs 200 mines, réparties en 27 coopératives, avec 10.000 mineurs, dont une quarantaine qui meurent chaque année (8 millions de morts pendant l’occupation des Espagnols qui faisaient travailler les Indiens de force comme des esclaves, sans les nourrir. La mine que nous visitons est toujours en activité, et nous allons y passer plus de 2 heures à 30 mètres sous terre, après avoir descendu des échelles, arpenté des galeries pleines de poussière et particules de métaux. Là, nous découvrons des mineurs, les plus jeunes ayant 15 ans (!), travaillant 6 à 7 heures par jour sans masque et sans sécurité apparente, la joue gonflée par la boule de feuilles de coca qu’ils mastiquent en permanence pour leur donner de l’énergie. Pas étonnant que l’espérance de vie ne soit que de 45 ans, les mineurs mourant de silicose ou d’explosions. Nous ne sommes pas loin de Germinal ! Nous les observons pousser les charriots, percer la roche, poser la dynamite (qu’ils feront d’ailleurs exploser pendant que nous serons toujours dans la mine), remonter les sacs de minéraux, et au gré des rencontres nous leur offrons les présents qu’il est coutume d’acheter au préalable, à savoir des gants, feuilles de cocas, sodas, de l’alcool à 96° (pour boire bien entendu)… Nous avions déjà testé les feuilles de coca pour nous aider à surmonter l’altitude, Jérôme s’essaiera alors à la cigarette du mineur, et à l’alcool à 96° ! Cathy ne pourra d’ailleurs pas refuser le petit verre offert après qu’elle ait remonté un sac à la poulie avec un mineur (on sent bien l’alcool descendre dans l’œsophage). D’ailleurs, Cathy étant la seule fille du groupe (avec 3 garçons), les mineurs étaient souvent intéressés pour savoir si la chica était mariée (Jéjé faisant alors attention à lui, un accident dans la mine étant vite arrivé…) ! Nous avons été franchement étonnés et séduits par l’accueil que nous ont réservé les mineurs, nous posant même des questions sur la France, nos professions, etc. Très beau moment, mais également très triste et émouvant car cela se passe en 2009. Même si les salaires sont relativement élevés par rapport au pays, les conditions de travail sont extrêmement difficiles, surtout quand il s’agit d’enfants. Les salaires varient en fonction du rendement, de la fonction, et de l’expérience. Le salaire moyen en Bolivie étant de 600 bols par mois (soit 60 €), un mineur gagne au minimum le double, soit 1200 bols, mais cela peut aller jusqu’à 2000 bols.
Après la mine, nous visitons la Casa de la Moneda qui se situe dans un magnifique bâtiment colonial, où la monnaie fut frappée jusqu’en 1869 par des machines mues par des esclaves, puis par des mules. A compter de 1869, les machines à vapeur les remplacent. C’est intéressant de voir comment les différentes énergies ont été utilisées au fil du temps pour la fabrication de la monnaie, qui est abandonnée en 1909. Dommage que la visite était en espagnol, cela a limité notre compréhension, mais ce fut tout de même intéressant.
Nous arpentons ensuite les rues de Potosi, toujours en compagnie de Lionel et Nicolas, avant de prendre tous les 4 un bus de nuit en direction de Tupiza au sud de la Bolivie.
Ce fut vraiment notre trajet le pire depuis notre départ, qui nous laissera un souvenir mémorable ! Nous étions tous les deux sur la rangée du fond entourés de Boliviens, Jérôme n’ayant pas de siège inclinable, nous avons passé 9 heures secoués, trimballés, dans un bus qui couinait, gémissait, nous décollions de notre siège à la moindre bosse, sur une route qui n’était pas une route, mais une piste (donc non goudronnée). Certaines personnes n’avaient même pas de sièges et ont passé tout le trajet dans le couloir central, et une petite fille dormait même aux pieds de Jérôme, d’autres étant à trois sur deux sièges. Là, nous avons réalisé que nous étions vraiment en Bolivie !
Enfin arrivés à Tupiza au petit matin (pour ne pas dire en pleine nuit, vers 4h30), nous avons retrouvé Claire et Alexandre, également en tour du monde, que nous avions rencontrés à Sucre. Tupiza est la ville où nous allons partir à la découverte du Sud Lipez, des lagunes colorées et du fameux Salar d’Uyuni. La majorité partent d’Uyuni, mais de plus en plus de gens partent désormais de Tupiza, les tours étant de meilleure qualité, et offrant plus de diversité dans les paysages. Nous avons passé deux jours très sympas dans cette petite ville très tranquille, entourée de montagnes rouges. Nous avons même fait 3 heures de cheval dans un incroyable décor de Far-West. Superbe !
Vendredi, nos compagnons du Pérou Andrée, Carl, Sophie et Christophe nous rejoignent à Tupiza après leur petit séjour dans la jungle au nord-est de La Paz (nous y serions allés si nous nous étions un peu plus renseignés !), et nous sommes fins prêts pour notre aventure dans le sud de la Bolivie. Le 4×4 vient nous chercher samedi matin, retour prévu mardi soir ! A très bientôt…
octobre 10th, 2009 on 15 h 50 min
c’est impressionnant ce que vous traversez, des moments magiques entrecoupés de passages difficiles… faites attention à vous, bravo pour votre courage et que votre motivation se renforce à chaque étape! On pense bien à vous. grosses bises
Lolo
octobre 10th, 2009 on 21 h 20 min
j’adore la photo dans « qui sommes nous »!!
octobre 12th, 2009 on 10 h 08 min
On ne se lasse vraiment pas de votre récit coloré et enjoué : on stresse avec vous dans le bus, et on rêve aux magnifiques paysages que vous découvrez.
C’est superbe, ce que vous faites. Quel courage!
Profitez en bien.
Bisous
Béné et Seb
octobre 14th, 2009 on 21 h 09 min
Hola guapa!
c’est génial de suivre vos aventures sous la grisaille parisienne.
Je te félicite: tu as passé avec succès le level advanced du baroudeur avec le chic que l’on te connait. Autant te dire qu’ici les gens me harcèlent pour avoir de tes news, et les derniers réticents aux hi tech n’ont eu d’autres choix que de découvrir votre blog.
Je pense que tu m’auras démasqué (un vrai « thriller »!). si c’est le cas, envoie moi ton mail perso pour éviter que je pollue la partie commentaire de ton blog.
La révolution est en marche!
Hasta luego los amigos… je l’espère sur le continent sud-américain.
FRAC member
octobre 15th, 2009 on 22 h 27 min
Que d’aventures, de suspences… votre récit devient de plus en plus captivant. Bravo !
« Ce fut admirable de découvrir l’Amérique, mais il l’eût été plus encore de passer à côté. »
Twain (Samuel Langhorne Clemens, dit Mark)
« On ne peut répondre de son courage quand on n’a jamais été dans le péril. » La Rochefoucauld
« Le vrai courage pour moi, c’est la prudence. »Euripide
La photo de Cathy à cheval est très sympa, il manque celle de Jéjé dans le bus dégoulinant de peur…
Gros bisous du sud où la température commence à se refroidir depuis 2 jours. Dernier baignade en mer : dimanche 11 octobre 2009, que du Bonheur !
octobre 16th, 2009 on 11 h 59 min
Ici il commence à faire froid, sinon tout va bien. J’ai vu Mamie le we dernier et lui ai apporté une impression de votre récit
Pour moi, dimanche c’est le départ pour la Thaîlande où je vous devance de quelques mois.
Bonne continuation. Bises Marie